Nos beaux et nos belles

Texte rédigé à partir de titres d’ouvrages écrits par des lauréats du prix Nobel de littérature.

Je ne suis pas ici pour faire un discours sur le fantôme du passé, les saisons de la vie, ou pour envoyer des lettres aux années de nostalgie. Comment dire toutes les beautés du monde, de notre monde immense, d’ici et d’ailleurs, loin des nouvelles et textes pour rien ? On ne peut jamais dire tout l’amour. Impossible ici.

Du plus loin de l’oubli, les souvenirs m’observent, ces premiers souvenirs que sont les esquisses au fusain dans mon journal d’enfant, journal intime, mon livre d’amour, carnet d’or. Je dessinais le rêve du Celte. Le rêve le plus doux c’est le trésor des humbles, le paradis intérieur, la grande féerie.

Quand les châtaigniers étaient en fleur, je m’imaginais avec les vagabonds, les âmes en peine, les affamés, les vaincus, mes compagnons de route, m’évader du gouffre noir par la grande porte pour emprunter les sentiers où l’herbe repousse, sur la voie glorieuse, à travers les savanes, le lac qui rêve, le bocage des plaisirs, les steppes de Nebraska, une sorte d’Alaska, vers les temps meilleurs.

La carte au trésor entre les mains jointes, gravir la montagne magique, sous une lune pour les déshérités projetant une lumière pâle sur les collines, jusqu’à la source du bonheur, dans le pays du désir du coeur, derrière l’horizon ; percer le grand secret, les mystères de l’intelligence des fleurs ; écouter le vent dans les roseaux murmurer les chansons des cloches et de l’herbe, les douze chansons. Vent d’est, vent d’ouest, dites-nous comment survivre à notre folie.

Ah, solitude ! Le temps viendra. Tous les enfants du Bon Dieu ont des ailes. Devenir !

Lux in tenebris lucet. (La lumière brille dans les ténèbres.)

Par une nuit obscure je sortis de ma maison tranquille. Je n’oublierai jamais le premier amour, Marie des Brumes, à la fois Blanche-Neige et la Belle au bois dormant, le sourire éternel et les jeux de regards, déclaration sans paroles, à l’heure où nous ne savions rien l’un de l’autre : promesse de jours sans fin, de jours heureux, d’étoiles au-dessus du Jardin des Délices. Se trouver.

Le marchand de glace est passé. Le paradis de chacun est dans ce couple ouvert à deux battants.

– Es-tu l’homme du destin, le maître de l’aube, l’allumeur du phare ? Viens mon bien-aimé, auprès de moi toujours.

Des êtres humains dans la nuit d’été, de désolation en tendresse, la fleur aux lèvres, partagent des tourbillons de tentations. A l’heure de la sensation vraie, de la bascule du souffle, le désir sous les ormes tresse les liens invisibles des corps conducteurs entraînés dans la danse des ombres heureuses, comme la chevauchée sur le lac de Constance.
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Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout…

Le temps mord. Le vent emporte nos paroles et les vaines tendresses : je meurs où je m’attache. Éteignez la lumière et faites le deuil de la beauté. Dans le vestiaire de l’enfance, l’armoire à vêtements rejoint le musée de l’innocence.

Avant le grand silence, tandis que j’agonise sur l’autre rive, aux portes du royaume, au pied de l’escalier en spirale de la cathédrale interrompue, je ressens, lors de ces préparatifs d’immortalité, l’angoisse du gardien de but au moment du penalty. J’achève le dernier chapitre du long voyage du jour à la nuit, les derniers quatuors, les derniers poèmes, les poèmes dorés tracés sur la pierre blanche, récits ultimes de la lutte avec les muses.

Pour l’enfant qui ne devait jamais grandir et l’homme qui voulait changer le monde, un artiste du monde flottant, le chercheur d’or, le chercheur de traces, c’est le chant du cygne.

Finita Comœdia. C’était pour rire.

Le cercle s’est refermé mais la vie continue et le flot de la poésie continuera de couler. Chacun son tour. Le recommencement d’un printemps éternel.

L’Amour encore. Seul l’amour.

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