Films au graphe

Texte rédigé à partir de titres de films.

J’ai toujours rêvé d’être un gangster, à cause des filles, ou peut-être à cause, à cause d’une femme, femme fatale, jeune et jolie, atomic blonde, Betty, mon dernier amour… Je crois que je l’aime à la folie, à perdre la raison, cette alien girl, la prunelle de mes yeux.

Ah ! si j’étais riche, avec cent mille dollars au soleil, cette connasse, princesse des coeurs, cette adorable menteuse, cette diablesse, m’appelerait « Bob le flambeur » ou Crésus, et elle irait passer quelques jours avec moi à l’Hôtel des Amériques, à Copacabana, all inclusive. Destination love. Tout ce dont rêvent les filles. Dans la chambre 212, la chambre bleue, tels Elvis et Marylin, ou Coco Chanel et Igor Stravinsky, on trinquerait comme des rois : « A nos amours ! Joyeux Noël ! Happy birthday ! ». Elle dirait plus « Pas sur la bouche ; j’embrasse pas », l’effrontée, mais « Baise-moi ». Ah ! la libido… Fini de jouer la Diva. L’argent fait le bonheur. La bourse et la vie. La belle vie. Et puis nous danserons joue contre joue : Bossa nova et vice-versa, flamenco flamenco, la danse du serpent, la danse du vent… Dance with me…

Je ne sais pas si c’est tout le monde, mais moi j’veux du soleil, marre de l’air de Paris et de l’autre côté du périf. La vérité ! La vérité si je mens ! Je ne me suis jamais senti dans la peau de Jacques Chirac. J’ai la rage au ventre, la rage de vivre.

Je vais quitter la case départ et, au hasard Balthazar, tirer la carte « erreur de la banque en votre faveur. » Allons z’enfants, faites sauter la banque ! L’amour est en jeu. Oui, j’ai la folie des grandeurs, la soif de l’or, je ne veux plus tirer le diable par la queue, avec juste de l’argent de poche. Faut savoir se contenter de beaucoup. A moi le chobizenesse, les fauteuils d’orchestre, la vie de château, l’ivresse de l’argent, la grande bouffe dans l’assiette de mon voisin, la corne d’abondance, les quatre cent coups, ma part du gâteau avec la cerise sur le gâteau, la liste de mes envies…. Je veux monter en haut des marches, à la recherche du bonheur, ad astra, au plus près du paradis. Etre vivant et le savoir. La vie à la folie, la vie de château, la grande vie, la dolce vita. J’demande pas la lune, juste quelques étoiles, comme tout le monde. Pourquoi pas moi ?

Demain tout commence. Le bonheur est pour demain. Non, ça commence aujourd’hui. Que la fête commence ! Aide-toi, et le ciel t’aidera. Dieu vomit les tièdes. Ni une ni deux, en avant jeunesse. L’aventure c’est l’aventure. Ca va pas être le journal d’un curé de campagne ni le journal d’un dégonflé.

A minuit quai de Bercy, j’entame la traversée de Paris, brève traversée. La ville est tranquille. Personne sur les bancs publics. La lune dans le caniveau et au loin les lumières. C’est beau une ville la nuit.

Gare du Nord, au café du coin « Au bonheur des hommes », -drôle d’endroit pour une rencontre-, je rejoins Jules et Jim, deux frères, brothers of the night, deux voyous, un duo d’escrocs à la petite semaine, escrocs mais pas trop.

Nous sommes la dream team, 3 amis comme les cinq doigts de la main, copains pour toujours, des hommes sans loi à la mauvaise réputation, habitués aux chemins de traverse, à flirter avec les embrouilles.

– Allez raconte, dis-je.
– Alors voilà, dit le cerveau : on va faire un braquage à l ‘ancienne chez l’horloger de Saint-Paul, place Vendôme. 15 minutes, 30 minutes maximum, les yeux fermés. Le casse des casses, le coup du siècle. Easy money, safe. Better than sex. Le crime parfait.
– Bon plan ! Bingo ! Ca marche.
Alleluia, bienvenue à bord ! Ca reste entre nous. Ne le dis à personne.

Le jour d’après, mercredi folle journée, à cinq heures de l’après-midi, sur le théâtre des opérations, c’est parti. C’est l’heure zéro, l’heure magique, l’heure du crime, du passage à l’acte. La voie est libre. Abracadabra ! A l’attaque ! Banzaï ! A nous de jouer. Haute tension. Sans plus attendre, le coeur battant à 120 battements par minute mais de sang froid, en apnée, à pas de loup, comme des lions, avec le masque de Zorro des braqueurs d’élite, un Colt 45 et un 9mm, à trois on y va.

– Les mains en l’air ! Silence, ne dis rien.
– Oh my god ! Mais vous êtes fous ! Bandes de sauvages !
– Calmos. N’aie pas peur. Regarde ailleurs. Ne te retourne pas.

Dans le capharnaüm, c’est l’île aux trésors au bout des doigts. Si on te donne un château, tu le prends. A vot’ bon coeur, de particulier à particulier ! Absolument fabuleux !

Le dernier diamant dans le sac de farine, c’est l’heure de la sortie, de l’escape game, de prendre le large, à toute vitesse, avant qu’il ne soit trop tard. La cloche a sonné. Go ! Go fast ! Prends l’oseille et tire-toi. Cours sans te retourner, cours toujours. A bout de souffle puis le deuxième souffle pour l’itinéraire bis. Jusqu’ici tout va bien…

A la frontière de l’aube, la polisse, les bâtards des forces spéciales de l’antigang, ces messieurs de la gâchette, enfants de salauds, donnent l’assaut de notre forteresse au 2e sous-sol. L’encerclement.

– A genoux les gars.

Mince alors ! La vache ! J’ai la haine. C’est pas mon jour. Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? Je voudrais savoir le pourquoi et le comment de la faille, des grains de sable dans l’engrenage, des carambolages et de l’effet papillon, du boomerang. L’excès de confiance de braqueurs amateurs ? La moutarde me monte au nez.

Le cours étrange des choses : nous étions libres et du jour au lendemain, douze heures d’horloge, l’affaire d’une nuit, et adieu l’homme qui voulait vivre sa vie. C’est la fin, la chute, l’enfer. Fin de partie. On est chocolat. En mille morceaux, en plein cirage, de battre mon coeur s’est arrêté. All is lost.

Mais l’important c’est de rester vivant, d’éviter les balles perdues de l’arme fatale dans la mêlée et la mort en direct, pour ne pas manger des pissenlits par la racine. Au coeur de la tourmente, les lâches s’agenouillent.

– Cessez le feu ! Au poste !

Dans la matinée, c’est le calvaire de la garde à vue au 36 quai des Orfèvres, pour l’atelier de conversation, le jeu de la vérité.

Le capitaine Corelli, alias inspecteur La Bavure, le chasseur de primes pas très catholique, traque la minute de vérité, la confession, l’aveu, derrière l’art du mensonge et de l’esquive. C’est pas parce qu’on a rien à dire qu’il faut fermer sa gueule.

– On a volé la Joconde ? C’est pas moi, c’est pas ma faute. J’invente rien.
– Cause toujours.

Devant la Cour, le juge, monsieur je sais tout, rappelle l’association de malfaiteurs, l’article 23.

Avec le costume et la cravate, je raconte, la tête haute, mon enfance clandestine, l’école buissonnière, mes amours, larcins et autres complications.

Après l’audition de 38 témoins, des gens sans importance, vient le verdict, le couperet, le coup de torchon : on prend 3 fois 20 ans à bout portant, en plein coeur, l’épine dans le coeur. C’est la règle du jeu, l’ordre des choses, l’ordre et la morale, me dit l’avocat du diable, le fataliste. Fallait pas. Crime et châtiment. Le crime ne paie pas. Ainsi va la vie.

Changement d’adresse pour la destination finale. La geôlière, entourée de chiens de garde, récite aux captifs le cantique de la racaille :

– Bienvenue au gîte, bienvenue au cottage avec tout le confort moderne. Ha ha ha !

En vrai, c’est plutôt « Bienvenue dans la jungle ».

Dehors c’est l’été, mais derrière les murs le couvercle du soleil s’est refermé et ne reste que la nostalgie de la lumière. La nuit a dévoré le monde.

C’est ici que je vis, entre les murs, hors du temps, hors du monde, de l’autre côté de l’espoir, et c’est pas tout à fait la vie dont j’avais rêvé. La vraie vie est ailleurs. La différence c’est que c’est pas pareil d’une vie à l’autre. On ne peut effacer l’historique. Dieu n’existe pas au delà de nos rêves.

Dans la traversée du temps, demain et encore demain, demain et tous les autres jours, face à la nuit, ce seront, dans le labyrinthe des rêves, des rêves sans étoiles, l’ennui, la solitude des nombres premiers. Défense d’aimer.

La tête en friche, la tête à l’envers, en attendant le déluge, je chasse, dans la grotte des rêves perdus, fantasmes et fantômes, avant que j’oublie, d’un rêve à l’autre, les jardins en automne, l’odeur de la mandarine, le goût de la cerise, le goût de la vie, le goût des autres, le bruit des gens autour, le ciel étoilé au dessus de ma tête, l’arbre de Noël, les étreintes brisées, la merditude des choses…

La mémoire est-elle soluble dans l’eau ? Pas quand on a la mémoire dans la peau.

Deux ans après, l’étrange visite de Betty, l’ex-femme de ma vie : l’apparition de l’étrangère, de l’extra-terrestre, l’apparition de la Joconde, belle comme la femme d’un autre.

– Comment ça va ?
– Je vais bien ne t’en fais pas. Je ne suis pas mort. Je suis une légende.
– Je voyage seule. Je voudrais que quelqu’un m’attende quelque part. L’important c’est d’aimer.
– Arrête de pleurer Pénélope. Cache l’étrange couleur des larmes de ton corps. Be cool. Be happy.

Elle s’en va, emportant des morceaux de moi. Gone baby gone, gone girl. Bye-bye blondie.

Boys don’t cry.

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