Texte rédigé à partir de titres d’ouvrages ayant obtenu un prix littéraire : Goncourt, Renaudot, Fémina, Grand Prix du roman de l’Académie française.
C’est l’histoire d’un fait divers, le roman d’un malade, d’après une histoire vraie.
Dans la Maison des Atlantes, pour le garçon, dans ces bras là, ceux de la femme sans passé, la dame de coeur, c’est le feu, le feu de l’Etna, un voyage au bout de la nuit, la nuit américaine, la nuit sacrée, céleste. Le prodige du coeur, la bénédiction d’un bain de lune dans la main de l’ange.
Pareils à des enfants à l’état sauvage, avec la foi de notre enfance, l’amant et la belle du seigneur, les combattants du petit bonheur, les allongés, font l’amour les yeux fermés, comme l’amour nuptial dans un ciné-roman, avec des baisers de cinéma et le souffle d’une chanson douce, Alabama song, au tempo rouge Brésil. Tout le reste est silence.
Par les routes du jardin d’acclimatation du bestiaire sentimental, le jardin des dieux, les égarés, l’enfant léopard et la panthère des neiges, avec de faux-passeports et les bagages de sable, sans boussole, flamme au poing, font un voyage aux horizons, un aller-simple jusqu’au désert de l’amour, le trajet blanc vers le bonheur d’occasion, sans le retour.
Avec la dernière innocence et la faculté des rêves, le chasseur zéro se prend pour le grand vizir de la nuit, pense maîtriser l’art français de la guerre, la chasse royale et la pêche miraculeuse, avoir la vie devant soi, sur le chemin du soleil, à l’ombre des jeunes filles en fleurs et des filles de la pluie, les bienveillantes. Les bienveillantes…
L’expérience venant, le naïf locataire du bonheur fragile découvrira le monde tel qu’il est, les asiles de fous, la démence du boxeur, la condition humaine dans l’univers concentrationnaire de la civilisation, l’anomalie de la nature humaine, la machine humaine et les mécaniques du chaos : la vie est brève et le désir sans fin. Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon mais la vallée heureuse est un pays où l’on n’arrive jamais.
L’orage du matin ouvre la saison de l’ombre des jours de colère, des jours sans gloire ni ordre du jour : l’adoration et la joie laissent place à la séparation, l’infortune, pire qu’un chagrin d’école pour des enfants gâtés. Tout est passé si vite, comme écrit sur de l’eau, dans la marge. Le roi des aulnes rompt les liens de chaîne et fait les adieux à la reine.
– Adios. Je m’en vais vers les beaux quartiers par les boulevards de ceinture. Je vivrai l’amour des autres dans la vie secrète.
Les ombres errantes, les voleurs de beauté, deviennent des chevaux abandonnés sur le champ de bataille, les champs d’honneur.
La porte retombée, au pied du mur, après un silence d’environ une demi-heure, pour Charlotte c’est le sillon de l’enfer, la grande épreuve, le supplice de Phèdre, le mal d’amour, peste et choléra. Rejoindre les filles du Calvaire pour plonger dans le temps de la longue patience, mourir d’enfance, la crève, mais pas pleurer.
Quand la mer se retire jusqu’au carrefour des solitudes, la neige brûle et ne restent que les fruits de l’hiver et les feuilles mortes.